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Redécouvrir la parentalité spirituelle ?

La parentalité spirituelle est une notion qui suscite parfois des réactions contrastées. Pour certains, elle évoque immédiatement des relations profondes de transmission, d’accompagnement et de croissance. Pour d’autres, elle soulève des craintes liées à l’autorité, à la dépendance ou à certaines dérives observées dans l’histoire de l’Église. Pourtant, derrière ces réserves légitimes se cache peut-être une intuition biblique que nous aurions intérêt à redécouvrir.

La parentalité spirituelle ne vise pas seulement à former des croyants instruits, engagés ou autonomes. Il vise également à faire émerger des hommes et des femmes capables d’accompagner d’autres personnes dans leur marche avec le Christ. Autrement dit, la maturité chrétienne ne se limite pas à la croissance personnelle ; elle inclut aussi une dimension de transmission et de fécondité.

Cette idée n’a rien de nouveau. Les Écritures utilisent abondamment le langage familial pour décrire la vie chrétienne. Jésus parle de nouvelle naissance. Les croyants sont appelés enfants de Dieu. Paul évoque à plusieurs reprises ses enfants dans la foi et décrit son ministère avec des images paternelles et maternelles. Le Nouveau Testament présente l’Église moins comme une organisation que comme une famille spirituelle appelée à grandir de génération en génération.

Au fil des siècles, cette intuition a trouvé différentes expressions. Les traditions chrétiennes ont développé des formes d’accompagnement spirituel, de compagnonnage ou de direction spirituelle. Comme souvent, ces pratiques ont connu leurs heures les plus fécondes et leurs dérives. Certaines se sont progressivement institutionnalisées, parfois au point de perdre une part de leur vitalité initiale. D’autres ont pu donner lieu à des formes de contrôle ou de dépendance incompatibles avec l’Évangile.

Face à ces risques, la Réforme puis les milieux évangéliques ont développé une prudence compréhensible. Soucieux de préserver la centralité du Christ, l’autorité des Écritures et le sacerdoce universel des croyants, ils se sont parfois méfiés de tout ce qui pouvait ressembler à une médiation spirituelle entre Dieu et les personnes. Cette vigilance était nécessaire et demeure pertinente aujourd’hui.

Cependant, en rejetant certains excès, n’avons-nous pas parfois écarté trop rapidement une dimension essentielle de la croissance chrétienne ? Car la question demeure : comment les croyants apprennent-ils concrètement à vivre leur foi ? Comment découvrent-ils la prière, le discernement, le service, l’exercice de leurs dons ou le témoignage chrétien ? Rarement seuls. Bien souvent, Dieu utilise des relations, des modèles, des accompagnateurs et des témoins qui marchent quelques pas devant eux et avec eux.

L’intérêt du langage de la parentalité spirituelle est précisément de remettre en lumière cette réalité relationnelle. Il rappelle que la transmission de la foi ne passe pas uniquement par des prédications, des cours, des programmes ou des activités, mais aussi par des vies qui en accompagnent d’autres. Les Écritures demeurent la référence essentielle qui nourrit, oriente et éclaire cet accompagnement ainsi que la maturation spirituelle des croyants. Il souligne que la croissance spirituelle s’inscrit dans des relations de confiance où l’on reçoit, apprend, expérimente puis transmet à son tour.

Chaque Église est appelée à réfléchir à la manière dont elle peut vivre cette réalité dans son propre contexte. Certaines mettront l’accent sur le mentorat. D’autres développeront des groupes de disciples ou des relations intergénérationnelles plus intentionnelles. D’autres encore découvriront de nouvelles formes adaptées à leur culture et à leur mission. L’enjeu n’est pas de reproduire un modèle unique, mais de retrouver une dynamique organique de transmission qui permette aux disciples de devenir eux-mêmes porteurs de vie.

Il convient toutefois d’aborder cette thématique avec discernement. Le vocabulaire de la parentalité spirituelle entre inévitablement en résonance avec l’expérience de la parentalité humaine. Pour certains, il évoque la sécurité, la confiance, l’encouragement et l’amour reçu. Pour d’autres, il peut réveiller des blessures, des absences, des déceptions ou des relations marquées par le contrôle. Les sciences humaines nous rappellent combien nos expériences familiales influencent nos représentations de l’autorité, de l’attachement et de la confiance. Il est donc important de reconnaître cette réalité et de ne jamais utiliser ce langage de manière naïve.

Une parentalité spirituelle saine ne remplace pas Dieu, ne possède pas les personnes et ne les maintient pas dans une dépendance affective. Elle accompagne vers la liberté, la maturité et la responsabilité. Son objectif n’est pas de créer des disciples attachés à une personne, mais des disciples attachés au Christ.

Dans une société marquée à la fois par l’individualisme et par une profonde soif de relations authentiques, la redécouverte de cette dimension pourrait constituer une ressource précieuse pour nos Églises. Peut-être avons-nous besoin aujourd’hui non seulement de meilleurs programmes ou de meilleurs outils de formation, mais aussi de femmes et d’hommes capables d’investir leur vie dans celle des autres. Car la foi chrétienne se transmet certes par des convictions, mais elle se transmet aussi par des relations.

Michel Siegrist, président du RES