Post-évangélisme - projet de décryptage
1. Introduction
L’émergence de sensibilités dites « post-évangéliques » suscite de nombreuses questions au sein du monde évangélique : Faut-il qualifier celles-ci de « renouveau », de « reniement » ou « d’adaptation » de l’évangélisme pour mieux transmettre l’évangile à la société occidentale du 21e siècle ? Quels sont les contours de ce (ou plutôt ces) mouvements ?
Dès 2024, le Réseau Evangélique Suisse (RES) et la Haute Ecole de Théologie (HET PRO) ont rassemblé un groupe de travail pour étudier ces questions. Les premières réflexions furent présentées sous forme d’hypothèses lors d’une journée d’étude en janvier 2026 , en même temps qu’un outil d’auto-positionnement en ligne qui permet à chacun de voir son profil théologique sur 7 axes de différentiation.
L’approche retenue permet d’identifier une constellation de positionnements au sein du christianisme évangélique francophone, plutôt que d’opposer deux blocs homogènes. Elle invite chacun à identifier sa propre position, à comprendre celle de l’autre et à discerner avec nuances les espaces de convergence ou de divergence. Nous sommes conscients que cette contribution descriptive ne remplace pas l’indispensable discussion théologique des différences et de leurs implications pratiques que nous espérons voir émerger dans un dialogue lucide et respectueux. De nouvelles journées d’études, des publications ou d’autres événements pourront donc venir compléter la réflexion de chacun.
Le détail de la démarche, ses présupposés et ses limites, ainsi qu’un résumé des 7 axes sont présentés dans le chapitre d’introduction. Il est à noter que chaque texte est sous la responsabilité de ses auteurs spécifiques et n’engage pas l’entier du groupe de travail.
2. Considérations sociologiques
Dans le cadre de l’étude sur le post-évangélisme en Suisse romande, Kevin Roulin et Jean-David Knüsel apportent un éclairage sociologique à partir d’une enquête exploratoire menée entre 2024 et 2026. Sur la base de quatre entretiens semi-directifs et d’un focus group, leur travail donne chair à des parcours marqués par un fort attachement initial au milieu évangélique, puis par des tensions, des ruptures ou des recompositions de foi. Sans prétendre à une représentativité statistique, l’enquête met en évidence plusieurs enjeux récurrents : mécanismes d’exclusion, rapport au corps et à la sexualité, critique de l’entre-soi évangélique, remise en question de certaines frontières théologiques, tout en montrant que la foi en Christ demeure souvent centrale. Un document utile pour mieux comprendre ces trajectoires de l’intérieur. 
3. Quatre axes ‘fondements’
Ces quatre premiers axes décrivent des différences quant aux approches d’éléments fondamentaux dans le sens qu’ils concernent notre manière de lire la réalité qui nous entoure et de nous positionner dans cette réalité.
Relation à l’autorité
Relation à la vérité
Auteur: Olivier Favre – pasteur CDV Neuchâtel et chercheur
Relation à la Bible
Auteur: Timothée Josset – professeur FLTE
Relation au péché
Auteurs: Michael Gonin – doyen et professeur HET PRO | Manuel Rapold – directeur Campus pour Christ Suisse romande
4. Trois axes ‘pratique-éthique’
Ces trois axes concernent davantage la manière d’agir dans le monde et de gérer certains enjeux socio-relationnels concrets; ils peuvent découler de divergences dans les 4 axes fondamentaux, mais aussi précéder la remise en question de ces positionnements fondamentaux.
Relation au monde
Auteurs: Jean-François Mayer – historien | Jean Decorvet – directeur HET PRO
Relation femmes-hommes
Auteure: Lydia Lehmann – auteure et pasteure AEEBLF, Bruxelles
Relation homosexualité et genre
Auteure: Liliane Favarger – responsable à Campus pour Christ Suisse romande
5. Conclusion préliminaire
La journée d’étude de janvier 2026, dans l’ensemble vécue dans un climat d’écoute et de respect apprécié par les participants, permet quelques conclusions préliminaires. Cette page web et les textes qui s’y trouvent représentent donc un travail en cours, qui doit être poursuivi dans plusieurs directions :
- On observe clairement des différences au sein du monde (post-)évangélique : même avec une présence limitée de personnes plutôt post-évangéliques, l’outil d’autoévaluation a fait ressortir de nombreux profils différents, sur chacun des axes.
- Le questionnaire d’auto-positionnement nécessite d’être affiné: une version révisée du questionnaire a été publiée suite aux retours de diverses personnes et groupes. Une inclusion encore plus systématique de personnes davantage ‘post-évangéliques’ permettrait d’améliorer la qualité des formulations concernant ce pôle, mais les résultats montrent déjà la capacité de l’outil à faire ressortir les différences.
- La recherche sociologique sur les parcours de vie ayant conduit certaines personnes à quitter leur mouvement d’origine – ou à rester, voire à renforcer leur positionnement – permettra de mieux comprendre les dynamiques sous-jacentes menant à ces positionnements différents.
- Les différences identifiées et leurs implications doivent être discutées théologiquement: si cette première journée d’étude a permis d’identifier les lieux de divergences et de convergences, il ne remplace pas une véritable discussion – voire un débat – théologique. On n’évitera pas, tant pour les évangéliques classiques que pour les post-évangéliques, la difficile question : Quelles positions, sur un sujet donné, sont ‘acceptables’ au sein d’une communauté évangélique, respectivement post-évangélique ?
- Au-delà d’une discussion entre évangéliques classiques et post-évangéliques, une réflexion peut être menée au sein même des différents courants, enrichis par les questions soulevées par les autres positions. Par exemple, quels déficits les positions ‘post-évangéliques’ mettent-elles en lumière dans la théologie et spiritualité classiques ? Comment se définir en tant que post-évangélique autrement qu’en opposition à l’évangélisme classique ?…
- Au-delà de la discussion théologique, un dialogue éclairé et constructif doit se développer sur le terrain – afin de se comprendre et s’accepter tels que nous sommes chacun, hors des stéréotypes et préjugés.
- Finalement, des outils doivent être développés pour gérer les communautés et en accompagner les différents membres dans leurs différences – tant les différences intra-communautaires que les divergences plus profondes, inter-communautaires.
6. Téléchargements
Les documents mis en lien ci-dessous sont en libre téléchargement. Lors de la réutilisation de parties ou de la totalité de ces textes, la mention de l’auteur est demandée.
Documents du groupe de travail
7. Outil d’auto-évaluation
Le petit outil d’autoévaluation (version 2.0) sur les diverses tendances évangéliques permet de répondre à 12 questions pour chacun des 7 axes. Il donne une image de la tendance globale, tout comme une image affinée pour chaque axe.
Il est possible de créer un groupe (p.ex. FREENyon) afin d’évaluer la tendance globale dudit groupe.
Les données sont traitées de manière confidentielle et elles pourront servir à des sondages spécifiques anonymes.
L’autoévaluation est forcément subjective et dépendra de votre « honnêteté » lors de vos réponses.
Cet outil n’a pas l’ambition de répondre à tous les critères académiques d’un travail de recherche. Il répond néanmoins de manière pertinente à une possible interrogation personnelle et/ou communautaire.
8. Pour terminer, une petite touche d’humour…