Objections de conscience

A l’occasion de la sortie d’un nouvel ouvrage de réflexion édité par le Réseau évangélique suisse et supervisé par sa commission théologique, Michael Mutzner présente les enjeux des objections de conscience que peuvent avoir des chrétiens en Suisse.

1. Pourquoi cette initiative d’un livre du RES sur les différentes formes d’objection de conscience en Suisse? 

Nous avons été sollicités par l’une de nos sections locales pour étudier le sujet, parce que deux étudiantes évangéliques s’étaient plaintes d’être obligées de participer à des cours de yoga dans le cadre de leur formation universitaire. Cet exemple a été suivi de plusieurs autres. Récemment, nous sommes intervenus auprès des autorités valaisannes, parce que l’école publique imposait des méditations inspirées du bouddhisme dans les salles de classe (voir article en p. 3). Les chrétiens risquent régulièrement de se retrouver en tension avec les exigences de leur formateur, de leur employeur, de l’école publique, etc. L’objection de conscience existe depuis longtemps, mais elle apparaît dans de nouveaux domaines en raison notamment de la sécularisation et de la pluralisation de la société. Ce livre vise à encourager les chrétiens mais aussi les autorités à trouver des solutions constructives qui tiennent comptent des intérêts de chacun.

2. Qu’est-ce qu’une objection « de conscience » ?

L’objection de conscience concerne les cas où une personne serait amenée d’une manière ou d’une autre à être activement ou passivement liée à une action qui va fondamentalement contre ses convictions les plus profondes. C’est donc plus qu’une simple « objection ». Il s’agit d’une situation où une personne aurait l’impression de se trahir et de gravement violer ses principes. Le Rapporteur spécial pour la liberté religieuse à l’ONU parlait de « veto existentiel » pour décrire ce type d’objection.

3. Ce livre est à la fois destiné aux évangéliques et aux autorités. En quoi peut-il être utile à ces dernières?

Le but est aussi d’aider les autorités à comprendre les évangéliques et les convictions qui peuvent constituer un socle inviolable pour certains d’entre eux. Il s’agit également d’encourager autant que possible la mise sur pied de compromis acceptables pour les deux parties plutôt que d’avoir un conflit ouvert. Par exemple, le droit du travail nord américain a développé le concept de « reasonnable accomodation », qui demande à l’employeur, dans la mesure de ce qui peut raisonnablement être attendu de lui, de s’adapter aux exigences religieuses de son employé. C’est un exemple positif d’une législation pragmatique qui encourage à trouver de bons compromis.

4. Quels sont les domaines où les chrétiens font parfois face à des conflits de conscience ?

Le milieu scolaire et le milieu médical font parties des domaines sensibles depuis déjà de nombreuses années. Dans le domaine militaire, après des années difficiles et conflictuelles, on a su adapter le droit pour permettre l’objection de conscience. Mais ce n’est pas le cas partout. Le projet de loi sur la laïcité du Conseil d’Etat à Genève prévoit par exemple que les fonctionnaires au contact avec le public ne doivent pas manifester leur appartenance religieuse. Que ce soit en raison du port du voile ou celui d’une croix huguenote, c’est une règle qui risque inévitablement de conduire à des cas de conscience et à des conflits. Suite à l’adoption des lois sur l’assistance au suicide dans les établissements de soins des cantons de NE et VD, on a vu les institutions sociales chrétiennes confrontées à cette question difficile : accepter de laisser entrer les associations d’aide au suicide ou bien fermer leur établissement et renoncer à leur service, faute de financement public. Ces législations ne tiennent malheureusement pas suffisamment compte de la liberté de conscience et de la pluralité des convictions sur ces sujets difficiles.

5. En tant que chrétien, comment faire part de son objection tout en restant dans le cadre légal ?

Il est utile de chercher le dialogue et de prévenir le conflit. Par exemple en informant le plus tôt possible son employeur, formateur, autorité… d’un conflit de conscience éventuel. En amont, on peut aussi par exemple demander l’intégration d’une clause de conscience dans les règlements internes ou les lois. Pour autant que cela dépende de nous, cherchons toujours à être en paix avec tous.

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