Wilf Gasser: « L’avortement reste un tabou »

La manifestation « Marche pour la Vie » aura lieu le samedi 15 septembre sur la Place fédérale à Berne sur le thème : « L’avortement : les conséquences !? ». L’objectif de cet évènement sera de sensibiliser sur l’impact négatif que peut avoir une interruption volontaire de grossesse non seulement pour la vie de l’enfant à naître mais aussi sur son entourage. Chaque année, l’évènement suscite une vive opposition et nécessite une importante protection policière. Selon les organisateurs, les signataires d’une pétition en ligne ont reçu cet été des courriers anonymes de menaces. Le président de l’Alliance évangélique en Suisse allemande (SEA) Wilf Gasser a lui-même fait les frais de cette animosité lorsque le garage de sa maison a été tagué en 2016. Il est membre du comité organisateur et s’exprime ici à propos de l’évènement de ce samedi.

Le Réseau évangélique suisse (SEA-RES) participe cette année encore à la « Marche pour la Vie », car les questions de vie et surtout les questions de solidarité avec les membres les plus faibles de notre société font partie de ses préoccupations centrales. Le dispositif policier sera à une nouvelle fois impressionnante. Visiblement, il est nécessaire pour permettre la liberté d’expression des participants à cette manifestation.

Cette opposition indique que le sujet de l’avortement reste controversé. Par exemple, je suis profondément troublé de lire dans les médias que plus aucun enfant ne naît avec la trisomie 21 en Islande. En Suisse aussi, les derniers chiffres montrent qu’au lieu des 350 enfants atteints du syndrome de Down attendus statistiquement, seuls 70 naissent chaque année. 80 % des bébés atteints du syndrome de Down diagnostiqués avant la naissance sont ainsi avortés.

L’avortement est tabou

A l’école, on nous apprend – avec raison – à nous indigner du fait que sous le « Troisième Reich », les autorités décidaient quelles vies étaient dignes ou non d’être maintenues. Pourtant, nous acceptons aujourd’hui une nouvelle forme d' »eugénisme ». Peut-être parce que nous le justifions par une certaine compassion : on veut éviter à aux enfants une vie avec un handicap. Ou encore, parce que les parents ne pensent pas être en mesure de relever le défi de vivre avec un enfant handicapé.

Au fil des ans, nous nous sommes habitués à ce que l’avortement soit présenté comme une solution utile et une option facile dans diverses situations d’urgence. Dans notre société, il est difficile de parler de remords ou des problèmes psychologiques engendrés par un avortement. Cela s’applique également aux milieux chrétiens. C’est pourquoi aujourd’hui, nous avons de nombreuses personnes qui souffrent silencieusement et restent seules avec leur « secret ». Pour beaucoup, des questions telles que « Et s’il avait été quand même été en bonne santé  » ou « aujourd’hui, mon enfant aurait eu trois ans » se posent plus tard. La détresse est particulièrement grande lorsque plus tard, la naissance d’un enfant désiré n’a pas lieu.

Un petit être avec des droits

L’accent mis sur la dignité et l’inviolabilité de toute vie humaine ne remet pas en cause le droit de la femme à l’autodétermination (« Mon ventre m’appartient! »). Mais il convient de se souvenir que ce petit être en devenir (et même s’il est potentiellement handicapé) dans ce ventre a aussi ses droits et aimerait être accueilli par nous.

Le Jeûne fédéral du 16 septembre est l’occasion d’exprimer notre gratitude pour le don de la vie. De demander pardon là où nos actions ne sont pas au service de la vie. Et de demander que notre société accueille inconditionnellement les enfants à naître. Et enfin d’agir de manière à ce que nous, les chrétiens, créions un environnement dans lequel l’aide, l’accueil des personnes blessées et le pardon trouvent leur place.

Refus de s’associer à l’extrême droite

Enfin, je termine sur un mot sur le contexte actuel : le SEA-RES, en tant que partenaire de « La Marche pour la Vie », se distancie expressément des agitateurs antidémocratiques et en particulier du PNOS, qui veulent utiliser l’évènement pour mettre en avant leur propre agenda politique. Pour le SEA-RES, la protection des droits à la vie des enfants à naître est au cœur de son engagement dans cette manifestation. La violence et les slogans discriminatoires n’ont pas leur place dans un évènement qui se veut pacifique et motivé par l’amour du prochain.

Wilf Gasser, président SEA