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« De partout vers tous » : la mission dans une Église mondiale

Le 3 octobre 2026, une centaine de personnes ont participé au Forum Emmaüs de Saint-Légier ou en ligne, à la journée d’étude « La mission au loin : encore légitime ? ». Organisée par la HET-PRO et le REMEEF* — commission du Réseau évangélique suisse —, la rencontre a réuni environ deux tiers du public sur place.

Pourquoi consacrer une journée au postcolonialisme ? Parce que ce vaste mouvement de pensées marque les universités, les débats publics et les jeunes générations. Il examine notamment les effets durables de la domination coloniale sur les sociétés et les imaginaires. Les chrétiens n’ont pas à en faire un nouvel évangile, mais ils doivent écouter les questions qu’il pose : qui parle ? Qui décide ? Quelles voix restent à la marge ?

Cette écoute concerne aussi la Suisse. Ne pas avoir possédé de colonies ne signifie pas être resté extérieur au système colonial. Des commerçants, financiers, militaires, savants et missionnaires suisses ont participé aux réseaux coloniaux.

La même lucidité s’impose face à l’histoire missionnaire. Il ne s’agit ni de transformer tous les missionnaires en héros irréprochables, ni de réduire toute mission à une entreprise coloniale. Des violences, des attitudes racistes, de graves maladresses et des confusions entre l’Évangile et la culture occidentale ont existé. Les reconnaître est une exigence de vérité et, lorsque leurs effets demeurent, un appel à changer nos pratiques. Et cela a un impact important sur la manière dont la mission est perçue à la fois à l’extérieur de l’Église, mais aussi à l’intérieur : beaucoup de jeunes se demandent en effet, à l’instar du titre de la journée d’étude, si « la mission au loin est-elle encore légitime ? ».

Mais l’histoire montre également des acteurs locaux qui se sont approprié l’Évangile, ont traduit la Bible, développé des Églises et parfois résisté à la domination coloniale. Regarder ce passé en face appelle donc repentance et discernement plutôt que nostalgie ou condamnation globale.

Les interventions bibliques, historiques et pratiques ont fait apparaître un déplacement majeur : la mission n’est plus une affaire allant simplement de l’Occident vers le reste du monde. L’Église est mondiale. Plusieurs orateurs issus du « monde majoritaire », notamment d’Afrique et de Madagascar, ont rappelé que les Églises autrefois considérées comme destinataires sont aujourd’hui pleinement actrices : elles réfléchissent, forment et envoient à leur tour.

Une formule a traversé la journée : la mission va « de partout vers tous ». Cela appelle des partenariats réellement réciproques, où chacun donne, reçoit, apprend et accepte d’être transformé. Pour les missionnaires occidentaux, l’enjeu n’est ni de disparaître ni de rester au centre, mais de servir avec humilité sous des leaderships divers, en distinguant toujours l’Évangile de leurs habitudes culturelles.

La mission demeure donc légitime, mais elle doit être vécue au sein d’une Église véritablement mondiale qui est attentive aux rapports de pouvoir, enracinée dans la Bible et confiante dans l’action de Dieu qui précède ses envoyés.

Timothée Joset, coordinateur du REMEEF

Pour aller plus loin : deux ouvrages accessibles prolongent la réflexion : Évangile et culture. Réflexions théologiques de cinq continents et La missiologie évangélique en mouvement, ouvrage collectif lancé lors de la journée. Les vidéos des journées d’étude du REMEEF sont disponibles sur la chaîne YouTube Missiologie et de nombreux articles de réflexions sont disponibles sur www.missiologie.net.

* Réseau de missiologie évangélique pour l’Europe francophone